|
Au
cours d’un accouchement difficile une jeune femme de 34 ans, sans
antécédents personnels et en bon état général, présente en mars 95
un épisode de surdité brusque de l’oreille gauche partiellement
régressive et affectant les fréquences graves. L’évolution se fait
vers une surdité fluctuante accompagnée d’acouphènes et, à partir de
novembre 96, le syndrome se complique de crises récurrentes de vertiges
giratoires brefs mais très intenses accompagnés d’un renforcement des
acouphènes et d’une aggravation de l’hypoacousie. Il existe des atcd
familiaux de surdité du côté maternel, suivis dans la clinique CAUSSE
à Béziers.
Un bilan fonctionnel audio-vestibulaire est réalisé le 19 décembre 96.
Sur le plan cochléaire l’on note une hypoacousie de type mixte
prédominant sur les fréquences graves avec absence de RS et
tympanogramme normal. L’oculomotricité est normale, il n’y a pas de
nystagmus spontané mais un nystagmus de position horizontal gauche d’intensité
maximale de 4°/s en decubitus gauche et vertical inférieur 5°/s à l’anteversion,
tous deux lentement épuisables. L’épreuve pendulaire montre des gains
normaux de l’ordre de 0,7 et une prépondérance du nystagmus gauche de
2,5°/s qui ne cède que lors de l’inclinaison de la tête sur l’épaule
gauche. L’épreuve impulsionnelle, ou test des créneaux, objective une
prépondérance gauche de 3°/s, un gain normal et un bon amortissement
post-rotatoire. Enfin l’épreuve calorique avec irrigations à l’eau
chaude et froide découvre un déficit de la réponse horizontale droite
de 68%. Du côté gauche l’on note une hyperréflectivité de 93,6°/s
(limite supérieure du champ de variation normal à 80°/s), et un
allongement significatif de la latence de la réponse calorique à 30 sec.
(valeur normale 20, écart-type 3°/sec). La composante verticale est
également plus forte à gauche.
Ce
cas illustre à la fois l’importance de la clinique et la difficulté d’interpréter
des observations isolées. Si en effet l’on ne dispose que du bilan
audio-impédancemétrique le syndrome évoque celui d’une otospongiose,
d’autant qu’il existe des antécédents familiaux de surdité. Si l’on
ne retient que le seul critère du déficit relatif aux épreuves
caloriques l’on est tenté de lier les vertiges à un déficit sensoriel
vestibulaire droit. Enfin si l’on considère l’ensemble du syndrome l’on
serait tenté de conclure à un Ménière gauche, mais dans ce cas que
vient y faire la transmission avec disparition du réflexe stapédien ? Or
la patiente a été opérée par J.B. CAUSSE le 11 janvier 97 à Béziers
et ses vertiges ont disparu. En fait il s’agissait d’une aplasie avec
très forte pression des liquides labyrinthiques qui avait entraîné lors
des efforts de l’accouchement une rupture de la membrane de la fenêtre
ronde. Cette fistule rendait compte du déficit perceptif affectant les
fréquences graves et moyennes. En même temps l’issue de la périlymphe
dans la caisse justifiait l’hyperréflectivité et l’allongement de la
latence aux épreuves caloriques. En effet nous avions réalisé en 1990
en collaboration avec A. CHAYS des séries d’expériences sur des
rochers isolés à tympan normal équipés de minuscules capteurs
thermosensibles. L’un de ces capteurs était placé dans la lumière du
canal latéral, et nous relevions l’évolution des températures en
faisant varier les conditions d’irrigation. Dans l’une de ces séries
d’expériences nous avions rempli l’oreille moyenne d’un gel
destiné à simuler un épanchement. Nous avions alors noté que la
présence de ce gel d’une part doublait la latence de propagation du
front d’onde thermique et, d’autre part, favorisait le rendement du
transfert énergétique.
|