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Hier, au cabinet, ce n’était pas le 14 Juillet et pourtant j’étais en pétard. J’ai descendu l’escalier qui ne m’avait rien fait et n’a offert aucune résistance, et je me suis retrouvé sur le trottoir alors que je ne m’étais pas perdu et encore moins recherché. La rue n’avait pas l’air démontée mais, dans ma rage, je l’ai quand même remontée jusqu’à ma voiture. Toujours en pétard j’ai sauté au volant, réduisant ainsi une partie de ma charge explosive. En traversant la ville j’ai roulé avec le savoir-faire d’un commerçant maghrébin dans un souk. Arrivé à la porte de la maison j’ai constaté que j’avais bien tous les défauts, y compris le défaut de clefs. J’ai frappé à coups redoublés, et la porte a fini par reculer sous l’orage en repoussant ma femme qui se trouvait derrière. Elle m’a aussitôt invectivé, bras et jambes plus agités que ceux d’un serpent à plumes, et chaque mot glapi résonnait en rebondissant sur les parois de ma boîte crânienne comme sur les bumpers d’un flipper de bistrot lors d’une phase de multibilles. A ce rythme, j’ai bien senti que si j’en rajoutais moi-même le tilt interviendrait bien avant de claquer la moindre partie gratuite, aussi j’ai couru me réfugier dans la cuisine. Là j’ai voulu me faire à manger, mais en me goûtant j’ai constaté que j’étais trop empoisonné pour être comestible. Voulant rompre avec cette série d’échecs il me fallait trouver quelque chose que je puisse gagner avec une probabilité de succès maximale, et j’ai choisi la chambre de mon fils Cédric, taupin au Lycée Thiers. Je m’y suis rendu mais il ne m’a pas fait prisonnier, car il était lui-même trop occupé à couvrir pudiquement la nudité d’une feuille de papier blanc avec des signes cabalistiques. J’ai voulu lui expliquer que s’il pensait séduire son amie Elise avec des lettres de ce genre il faisait fausse route, mais derrière ses lunettes il m’a regardé comme si j’étais une mouche venue s’écraser sur son pare-brise, et son bras gauche a esquissé à mon intention le geste typique de l’essuie-glace. Les toilettes offrant par nature un asile convenable aux emmerdés je m’y suis donc isolé, et j’en suis ressorti presque aussitôt l’âme en pet car l’air y était franchement irrespirable. Dans la salle de bain j’ai pris violemment le pommeau de douche sur la tête, le savon dans l’oeil, l’eau de Cologne sur la tour de Pise, la brosse à dents dans la narine gauche et en prime trois coupures de rasoir. Il ne me restait plus qu’à me coucher ce que j’ai fait, permettant ainsi à mon épouse de reprendre la partie de flipper interrompue par ma retraite, tandis qu’elle m’imposait un programme de TV à faire dormir un ours en plein été.
Cependant mon sommeil m’a offert un tel cauchemar qu’en me réveillant j’ai trouvé que la vie était belle et que, possédant toujours mes deux jambes, j’avais encore une chance sur deux de partir du bon pied.
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