DOSSIER TECHNIQUE : Prépondérance absolue ou relative   

Les mesures en pourcentage sont pertinentes si la valeur absolue d’au moins l’une des grandeurs auxquelles elles font référence est connue. Me lamenter d’être plus pauvre de 30% que mon voisin, sans préciser si ce dernier est un SDF ou Bill GATES, ne saurait apitoyer mon percepteur car cette seule information ne me situe nulle part sur l’échelle des fortunes. Or de nombreux utilisateurs du VNG, et non des moindres en France comme ailleurs, nous ont maintes fois fait part de leur étonnement devant le fait que nous n’exprimons pas l’intensité de la prépondérance en pourcentage comme il est d’usage. Nous ne sommes pas iconoclastes et notre position se justifie par des raisons qui sont les suivantes: l’expression en pourcentage entraîne pour les tests cinétiques à la fois un défaut de pertinence et une perte d’information, et pour les épreuves caloriques à la fois une perte d’information et un biais de calcul.

1 - Les tests cinétiques

Dans le bulletin N°1 nous avons vu que lors des épreuves pendulaires sinusoïdales l’effet d’une prépondérance d’origine quelconque est de rajouter une droite de pente donnée à la sinusoïde décrite par la cumulée des phases lentes. Le signe et le module de cette pente nous donnent de façon simple et directe respectivement le sens et l’intensité de la prépondérance. Nous pourrions certes traduire cette intensité en pourcentage, mais apparaissent alors les inconvénients qui sont illustrés par les cas suivants:

Cas d’un test-retest

La figure ci-après représente le cas d’un patient présentant une prépondérance absolue de vitesse supposée constante à 5deg/sec, et qui subit au cours de la même séance deux tests sinusoïdaux successifs et identiques entraînant chacun une modulation sinusoïdale de la cumulée des vitesses. La première modulation, en bleu, présente une amplitude maximale crête à crête de 10°/sec et la seconde, en rouge, de 20°/sec. Quelle que soit la manière de calculer le pourcentage ce dernier sera de 100% pour la courbe bleue et inférieur à 100% pour la courbe rouge. Or nous savons que la prépondérance est restée constante et que seule la profondeur de modulation a changé sous l’effet des variations du gain de la réponse. L’information fournie par le calcul en pourcentage n’est donc pas pertinente vis à vis du phénomène que l’on souhaite étudier.

Cas de bilans espacés

A présent voici le cas d’un patient présentant par exemple une névrite et examiné une première fois à un stade précoce avec une prépondérance absolue de 10°/sec, puis quelques jours plus tard avec une prépondérance réduite à 5°/sec. La figure ci-dessous montre que si la profondeur de modulation de la cumulée des vitesses lors des tests sinusoïdaux ne dépasse pas 10°/sec la prépondérance calculée en pourcentage sera toujours de 100%. C’est à dire que le pourcentage est incapable de refléter l’amélioration pourtant incontestable de la compensation: il y a donc bien perte d’information par rapport à l’expression de la prépondérance absolue en °/sec.

2 - Les tests caloriques

Le cas des tests caloriques est encore plus troublant: non seulement l’on retrouve la perte d’information par écrétage, du fait qu’au dessus de 100% l’évolution de l’intensité de la prépondérance n’est plus mesurable, mais encore il vient s’y rajouter un biais de calcul illustré par le cas de la figure ci après qui représente une aréflexie droite ancienne et parfaitement compensée (aucun nystagmus spontané et aucune prépondérance aux tests cinétiques). Il pourrait donc s’agir de la séquelle d’une aréflexie aiguë très ancienne, ou bien d’un syndrome déficitaire à évolution très lentement progressive de type neurinome. Un premier test calorique entraîne les résultats de la figure ci-dessus: 

La prépondérance absolue est nulle, ce qui est conforme à notre attente. Mais en appliquant la formule de Jongkees l’on trouve 33% de prépondérance directionnelle relative à droite, ainsi que 33% de prépondérance thermique froide. Supposons que l’on refasse le test sur le même patient mais avec de l’eau un peu moins froide. L’on pourrait alors trouver la distribution des réponses suivantes:
Soit 33% de prépondérance gauche et 33% de prépondérance thermique chaude. L’on constate ainsi que l’incohérence avec la prépondérance directionnelle réelle, qui est nulle, provient d’une confusion totale avec la prépondérance thermique. Or la prépondérance thermique est inévitable, imprévisible, et non pathologique. Par conséquent, et même si l’on peut artificiellement corriger le biais introduit par la prépondérance thermique, il n’y a aucun intérêt à exprimer la prépondérance en pourcentage.
   

Eric HULMER