DOSSIER MEDICAL : Intérêts Cliniques de la prépondérance
   

Dès que l’on commence un bilan fonctionnel vestibulaire et que l’on pratique un ou plusieurs tests cinétiques, l’on peut très vite distinguer deux populations de patients: ceux qui n’ont pas de prépondérance directionnelle significative, et ceux qui la présentent. 
La première population se décompose elle-même en 3 effectifs:

Les sujets normaux
Les déficits vestibulaires compensés (27% des déficits),
Les nystagmus de position (40% de la population en incluant les canalolithiases)

Par conséquent l’absence de toute prépondérance n’est pas à elle-seule constitutive d’un diagnostic de normalité. Ce dernier passe nécessairement par la recherche complémentaire des nystagmus de position et par les tests caloriques. N’oublions pas en effet que dans les 27% de déficits compensés il y a des neurinomes!

La seconde population, c’est à dire celle des patients qui présentent une prépondérance significative, peut se décomposer en deux effectifs:

Les prépondérances de direction ou de sens variables avec la position de la tête,
Les prépondérances de sens indépendant de la position céphalique.

Le premier sous-effectif, que l’on peut explorer par des tests cinétiques faisant intervenir des stimulations des canaux verticaux, revient à l’étude des nystagmus de position (voir plus haut).
Le second sous-effectif est celui qui va maintenant retenir notre attention, car il pose le problème général de l’origine des prépondérances directionnelles significatives. A priori trois origines sont possibles:

Vestibulaire,
Cervicale,
Centrale, ou plus exactement non vestibulaire et non cervicale.

L’origine vestibulaire

Déficit vestibulaire sous-compensé 
L’on sait depuis les travaux de Flourens et d’Ewald au XIXème siècle que la perte de sensibilité brutale et irréversible d'un vestibule entraîne un nystagmus permanent dont la saccade horizontale bat dans le sens controlatéral, et dont l’intensité diminue au fil des semaines. Cette amélioration est le fait de mécanismes compensatoires dont. Bechterew, grâce à des expériences de section bilatérale en deux temps bien espacés, a montré l’origine centrale. L’on sait de plus aujourd’hui que la compensation fait intervenir la plasticité neuronale et que sa dynamique est influencée par la rééducation et certains traitements adjuvants de la plasticité.
Par conséquent certaines prépondérances observées pourront, et cela dans 49% des cas de déficits unilatéraux, correspondre à un tel nystagmus de sous-compensation. Mais en pratique seules les épreuves caloriques peuvent non seulement le démontrer, mais encore préciser la profondeur du déficit. Si en effet l’importance du déficit initial n’est pas précisée, alors il sera impossible au cours de l’évolution de dire si une amélioration clinique est le résultat de la seule compensation, auquel cas il faudrait insister sur la physiothérapie, ou bien d’une récupération de la fonction vestibulaire, auquel cas il faudrait privilégier le traitement médical.

Prépondérance ipsilatérale au déficit
Les prépondérances du même côté que le déficit peuvent s’observer dans deux circonstances: 

1.Premièrement lors des déficits réversibles mais qui ont duré suffisamment longtemps pour que la plasticité neuronale organise la compensation. Dans ce cas, et compte tenu de la lenteur des processus compensatoires, une récupération périphérique relativement rapide entraîne une prépondérance par sur-compensation. Il va se soi que l’interrogatoire devra préciser la chronologie des événements de manière à pouvoir évoquer un tel phénomène.

2.Deuxièmement lors des hydrops en raison soit de la dilatation mécanique de l’ampoule qui entraîne via la cupule une traction excitatrice des cellules de la base des crêtes (Conraux et Coll.), soit de l’intoxication potassique qui suit les ruptures membranaires (Tran Ba Huy et Coll.). Dans ce cas il n’y a pas de délai et la prépondérance ipsilatérale à l’oreille atteinte peut s’observer même si l’examen a lieu le jour même de la crise.
Notons que les prépondérances ipsilatérales à l’oreille affectée se rencontrent trois fois moins souvent que les controlatérales. 
Lors du prochain bulletin nous verrons sur quels arguments l’on peut évoquer l’origine cervicale d’une prépondérance, et ce que l’on peut dire des prépondérances qui ne sont d’origine ni vestibulaire ni cervicale. 

Eric HULMER