RECREATION : Moustiques Domestiques
  
   

Dans le cadre d’un vaste programme d’étude des sites de nidification, des entomologistes de l’Université du New Hampshire ont récemment découvert une particularité comportementale propre à une espèce de moustique, “l’anophelia casanieris”. En étudiant les différentes espèces d’insectes piqueurs aptérygotes peuplant les marécages du Sud-Est Asiatique, ces chercheurs ont en effet noté que l’Anophélia casanieris ne se trouve en abondance qu’à certains endroits du marécage et pas ailleurs, alors qu’aucune hétérogénéité locale ne justifie une telle répartition. Pour comprendre ce phénomène ces chercheurs ont imaginé une méthode de marquage isotopique sélectif, et ont ainsi montré que chaque moustique qui se déplace, que ce soit en quête de nourriture où pour satisfaire ses instincts reproductifs, revient ensuite systématiquement à l’endroit précis où s’était opérée sa métamorphose. Cette étrange propriété comportementale, publiée entre autres dans la revue “Nature”, a fortement intéressé un puissant laboratoire d’hématologie dont le siège est en île de France. En effet les progrès des matériels et des méthodes d’analyse biologique permettent aujourd’hui des bilans hématologiques de plus en plus complets à partir d’une quantité de sang qui peut être réduite à une fraction de goutte. Ce constat a conduit ce laboratoire a faire usage de l’Anophélia casanieris à des fins de prélèvements sanguins. Pour cela la métamorphose de chaque larve s’opère au sein même du laboratoire sur une surface stérile compartimentée dont chaque secteur est bien individualisé. L’insecte appartenant à un secteur donné est alors emballé dans une mini-capsule puis expédié au patient par la poste. L’emballage contient une notice explicative détaillée précisant qu’après le prélèvement sanguin la fenêtre de la chambre doit être rapidement ouverte pour permettre au diptère de revenir par ses propres moyens au laboratoire, où il se posera très exactement sur le secteur d’où il est parti. 

Les premiers essais effectués à Paris intra-muros sur une population de 500 patients sont très prometteurs, avec un taux de réussite de 95,1%. Les rares échecs ont pu être attribués soit à l’aplatissement de la capsule incriminant les mauvaises conditions de transport par la poste (un nouveau nervurage renforcant la résistance est à l’étude), soit à l’écrasement de l’insecte par suite d’un geste instinctif exécuté par le patient lui-même (une mise en garde sera rajoutée dans la notice).
La publication de ces premiers résultats a cependant entraîné des effets inattendus et qui n’incitent pas le laboratoire à l’enthousiasme. Ainsi le syndicat des personnels infirmiers s’est élevé vigoureusement contre ce qu’il qualifie de “concurrence déloyale”. Dans un communiqué ce syndicat appèle les personnels infirmiers tant hospitaliers que libéraux à une grande manifestation qui partira de la Bastille mardi à 14h30 pour se diriger vers le Ministère de la Santé. Au nom du gouvernement Dominique Voynet a pour sa part indiqué qu’il était irresponsable d’importer en France des insectes en provenance du Sud Est Asiatique sans consultation préalable des autorités sanitaires. A son avis le risque écologique a été largement sous-estimé et il n’est par conséquent pas exclu qu’il y ait une suite judiciaire.
   

Eric ULMER