|
Lors du précédent Bulletin, nous avons exposé les conditions matérielles et méthodiques permettant une calibration en amplitude fiable lors du test des saccades. Cette fois nous abordons le problème des conditions visio-oculomotrices d’une telle calibration. Nous limiterons l’étude au mode le plus répandu d’enregistrement monoculaire dit “mode Maître-Esclave”. Rappelons que dans ce mode l’on distingue d’une part un oeil non filmé dit “oeil fixateur” car il peut fixer des cibles dans un cône de vision centrale d’angle compris entre 50 et 60 degrés. L’on distingue d’autre part un oeil dit “non fixateur” car privé de tout repère visible. L’œil non fixateur est filmé, et l’enregistrement de sa position est supposé reproduire fidèlement (d’où le qualificatif d’esclave) tous les mouvements volontaires ou réflexes exécutés par l’œil fixateur (dit pour cette raison œil maître).
Dès lors la calibration en amplitude, qui consiste à présenter à l'œil maître des cibles ponctuelles successives sous des angles connus, suppose les conditions suivantes:
1 - Saccades piégées par un Maître incompétent
L’œil maître peut être incompétent pour au moins deux raisons:
1.1 Vision fovéale défectueuse = plateaux de fixation instables.
Une vision fovéale défectueuse empêche à la fois la stabilité et la reproductibilité des plateaux de fixation droits et gauches qui séparent les saccades. L’allure de ces plateaux sera donc très évocatrice. Le manque de stabilité se traduit par des irrégularités affectant chaque plateau, tandis que le manque de reproductibilité se traduit par une position oculaire moyenne variable d’un plateau à l’autre.
1.2 Défaut de motilité du maître = asymétrie et dysmétries.
Toute paralysie d’un muscle oculomoteur de l’œil maître entraîne une incapacité pour cette oeil à réaliser une fixation fovéale dans la direction de ce muscle. Par conséquent l’œil esclave exécute des saccades de vitesse normales mais, dans la direction de la paralysie, l’on note des pseudo-hypermétries et une asymétrie des plateaux de fixation par rapport au regard central. La vraie calibration se fait alors en prenant le double de la valeur correspondant à la déflexion oculaire du côté normal.
2 - Saccades piégées par un esclave révolté (Syndrome de Spartacus)
L’esclave peut ne pas exécuter les ordres de l’œil maître pour au moins deux raisons:
2.1 - Détection d’une motilité de l’œil esclave défectueuse: asymétrie et ralentissement.
Lorsque l’œil esclave doit tourner du côté de sa paralysie l’inefficacité de la contraction musculaire d’une part ralentit la vitesse de la saccade, et d’autre part diminue l’angle de rotation par rapport à l’œil maître. Il en résulte une asymétrie inter saccadique (saccade “amortie” du côté paralytique) et une asymétrie des plateaux de fixation par rapport au regard central. Là encore la vraie calibration se fait en prenant le double de la valeur correspondant à la déflexion oculaire du côté normal.
2.2 - Ophtalmoplégie internucléaire: ralentissement des saccades et nystagmus de fixation
L’ophtalmoplégie internucléaire (OIN) affecte le faisceau longitudinal médian (FLM), qui lui même intervient dans la conjugaison des mouvements oculaires horizontaux. S’agissant de longues voies de substance blanche l’ennemi essentiel est tout processus démyélinisant, et particulièrement la SEP. Dans sa forme pure l’OIN associe une paralysie de l’adduction de l’œil ipsilatéral et un nystagmus dit “ataxique” en abduction. C’est surtout l’observation de ce nystagmus ataxique qui caractérise l’OIN par rapport aux syndromes vus précédemment. D’autre part la SEP peut donner des tableaux plus complexes en raison de la multiplicité possible des foyers de démyélinisation. Seul un masque de VOG, qui permet l’enregistrement des deux yeux en champ visuel libre, rend alors possible l’analyse descriptive de telles situations, fort heureusement assez rares en pratique ORL courante.
|