DOSSIERS TECHNIQUES : Prépondérances ou prédominances
  
   

  De même qu’il existe une diversité infinie de sonorités dans la gamme des fréquences acoustiques qui s‘étend de 20 à 20.000Hz, il existe également une variété théoriquement infinie de tests cinétiques applicables aux canaux semi-circulaires dans la gamme qui va de 0.01 à 20Hz. Le caractère commun de ces différents tests est qu’ils cherchent tous à décrire le comportement du système canalaire en fonction de la fréquence de stimulation. Dès lors ce qui fait qu’en pratique l’on retient un test plutôt qu’un autre c’est un ensemble de considérations parmi lesquelles :

  • L’importance de l’investissement matériel,

  • La simplicité de mise en œuvre,

  • La durée du test,

  • L’importance du flux d’informations, c’est à dire la quantité de renseignements disponibles par unité de temps.

  • La nature et la fiabilité des résultats,

  • La facilité d’interprétation, elle-même largement conditionnée par l’importance de la littérature consacrée au test considéré, ce qui inclut la publication des valeurs normales et l’interprétation des résultats pathologiques types.

Parmi les tests actuellement les plus prometteurs en ce qui concerne le flux d’informations et la simplicité d’interprétation (publications existant depuis les années 80) se trouve la stimulation rotatoire multifréquentielle proposée l’école de Strasbourg (Conraux, Kopp, Gentine). La stimulation y est assimilable à un bruit de type pseudo aléatoire dont le spectre s’étale de 0.01 à 1Hz, cette limite supérieure étant imposée par les caractéristiques électromécaniques du fauteuil en charge. La réponse vestibulaire à cette stimulation est analysée selon 4 termes qui sont :

  • Le gain et la phase en fonction de la fréquence, 

  • L’indice de cohérence en fonction de la fréquence, indice d’autant plus voisin de 1 que la réponse est plus linéaire.

  • L’indice de prédominance qui est la moyenne algébrique des vitesses de phases lentes.

Alors pourquoi prédominance et non pas prépondérance? Parce que l’école de Strasbourg remarque que le calcul de la moyenne algébrique des vitesses de phases lentes peut être différent de zéro pour au moins deux raisons.

La première est une forme de non linéarité de la réponse vestibulaire introduisant par exemple un écrêtage asymétrique comme illustré ci-après :

La seconde, illustrée ci-dessous, est une constante rajoutée à la réponse (voir bulletin n°1 p. 3)

  Bien entendu le second cas se distingue du premier par le fait qu’il ne fait pas intervenir de distorsions. Il y existe simplement un offset, une « vitesse parasite » le plus souvent associée à un nystagmus spontané, et ce nystagmus est « modulé » par la réponse vestibulaire.
En fait pour distinguer dans la prédominance ce qui revient à la prépondérance (au sens d’ « offset ») de ce qui revient à la distorsion il faut nécessairement mesurer un indice de non linéarité. C’est donc ce que fait très logiquement l’école de Strasbourg, en calculant l’indice de cohérence en fonction de la fréquence.

Et si nous ne sommes pas encore allé nous-même jusque là avec le VNG c’est pour deux raisons :

  • La première c’est qu’avec le paramétrage de nos tests pendulaires actuels nous travaillons théoriquement assez loin du régime de saturation de l’entrée vestibulaire, et dans ces conditions nous pensons que nos prédominances traduisent plus souvent un offset que des distorsions,

  • La seconde c’est que l’équipe de Strasbourg envisage l’intégration à court terme de leur test multifréquentiel en tant que module optionnel du VNG. La notoriété d’une telle équipe, son expérience de ce test depuis plus de dix ans, et ses publications concernant les résultats normaux et pathologiques nous rendent très enthousiastes et même impatients vis à vis de cette collaboration dont nous sommes déjà certains qu’elle sera bénéfique à tous les utilisateurs du VNG. 

Eric HULMER