CAS CLINIQUE : Prépondérances et Zona
  
   

Il s’agit d’un homme de 30 ans qui, 10 jours auparavant, a présenté des céphalées pariétales droites, rapidement accompagnées d’otalgies ipsilatérales. 3 jours plus tard s’est installée une hémi agueusie droite, puis une paralysie faciale droite. Enfin depuis 3 jours il existe un sifflement de l’oreille droite avec hypoacousie ipsilatérale très discrète affectant les fréquences aiguës. L’examen note au niveau de la zone de Ramsay-Hunt la présence de vésicules très évocatrices d’une origine zostérienne du syndrome. L’audiométrie est normale. Il existe un nystagmus spontané oblique supérieur gauche d’intensité horizontale moyenne (2 à 5°/sec), légèrement influencé mais jamais inversé par les orientations spatiales de la tête. Les tests pendulaires retrouvent ce nystagmus sous la forme d’une prépondérance gauche systématique et du même domaine d’intensité. La réflectivité est limite. L’amortissement du nystagmus post-rotatoire est normal.

Aux épreuves caloriques l’intensité de la prépondérance gauche est de 4°/sec. c’est à dire du même ordre que celle mesurée lors des tests cinétiques. Il n’y a pas d’hypovalence (la largeur des deux ailes du papillon est la même). Le nystagmus initial présente une composante verticale supérieure mais la réflectivité verticale n’est mesurable ni d’un côté ni de l’autre. 
Au total tout se passe comme si l’atteinte zostérienne droite, qui touche le ganglion géniculé, avait réussi à réduire la fréquence de décharge entre le vestibule droit et le noyau vestibulaire du tronc, sans entraîner d’hypovalence significative c’est à dire sans affecter la profondeur de la modulation qui répond à l’intensité de nos stimulations (ce qui tient compte du fait que nos stimulations sont loin du régime de saturation du vestibule).

Ce qu’il faut remarquer ici c’est surtout le fait que cette prépondérance gauche, qui s’inscrit dans le cadre général des prépondérances directionnelles dites « isolées » (au sens de non associées à une hypovalence mesurable), provient incontestablement d’une affection latéralisée à droite. Or le bulletin n°3 nous avait déjà fourni l’occasion de présenter une prépondérance gauche aiguë isolée mais cliniquement liée à l’oreille droite. L’interprétation de tels phénomènes, de même que l’observation non exceptionnelle de dissociations entre les réflectivités cinétiques et caloriques, nous rappelle que les fondamentalistes distinguent deux populations de neurones primaires : les « phasiques » spécialisés dans les mouvements rapides de haute fréquence et les « toniques » qui répondent aux mouvements lents, dont la réponse calorique est une forme extrême. Il est donc possible que certaines affections touchent sélectivement l’une ou l’autre de ces deux populations, de même que certaines surdités n’affectent que les cellules ciliées externes, et cela expliquerait alors certains paradoxes apparents de nos résultats.

Eric ULMER