|
L’observation d’une réflectivité calorique normale et d’une hyporéflectivité aux tests cinétiques, ou l’inverse, n’est pas exceptionnelle. La question qui se pose alors est pourquoi une telle situation est-elle possible et sur lequel des deux aspects contradictoires doit-on insister au niveau de la conclusion générale, sachant que de cette conclusion va logiquement dépendre le choix d’une conduite à tenir ?
Pour répondre à cette question nous devons tout d’abord jeter un oeil critique sur les caractéristiques de nos stimulations tant caloriques que cinétiques.
1 – Caractéristiques fréquentielles
La stimulation calorique entraîne une réaction que l’on peut comparer à une rotation de vitesse continûment variable, croissante puis décroissante, rotation qui se poursuivrait environ 3 minutes et toujours dans le même sens. Une telle évolution correspond donc à une stimulation de type impulsionnelle dont le spectre périodique s‘étale de µ à 180sec, soit un domaine d‘excessivement basses fréquences. Par opposition nos tests cinétiques appliquent au vestibule des stimulus sont le spectre fréquentiel s‘étale de 0,05 à 1Hz, cette limite haute étant imposée par l’inertie de nos fauteuils pendulaires en charge, que ces fauteuils soient entraînés manuellement ou asservis électroniquement. Remarquons donc déjà deux choses :
- premièrement la limite haute de 1Hz ne correspond pas à la limite supérieure des réponses de l’oscillateur vestibulaire, limite que les fondamentalistes estiment entre 10 et 20Hz,
- deuxièmement, et malgré la remarque précédente, le spectre des fréquences de stimulation est considérablement plus élevé lors de nos tests cinétiques que lors des épreuves caloriques.
2 – Caractéristiques de Gain
La réflectivité vestibulaire aux tests cinétiques se juge à l’aptitude du vestibule à participer à la stabilisation des images du décor sur la rétine lors des mouvements de rotation de la tête. Pour cela l’on mesure, dans une direction donnée, le rapport entre les vitesses respectives de l’œil et de la tête ce qui définit le gain. Plus le gain est proche de 1 plus le réflexe vestibulo-oculaire peut être présumé performant au niveau de sa participation à la stabilisation des images en termes de vitesses.
Par opposition les tests caloriques ne peuvent mesurer de gain, puisqu’une telle mesure suppose un rapport avec un stimulus connu. Or, du fait de la dispersion interindividuelle des niveaux de couplages thermiques par l’oreille moyenne, le stimulus n’est défini qu’au niveau du cadre tympanal et plus du tout au niveau du canal latéral où il va exercer ses effets stimulants.
Là encore nous pouvons donc faire deux observations :
-
Pour une fréquence de stimulation donnée, la mesure du gain aux tests cinétiques est un bon reflet de la réflectivité, à la condition que l’opérateur se soit assuré d’avoir vaincu toute hypertonie préalable en rapport avec une inhibition psychogène.
-
Le champ de variation normale de la réflectivité calorique varie dans un rapport plus élevé que 1 à 10. De telles variations rendent les mesures de réflectivité absolue très difficiles à exploiter en termes de délimitation des sujets normaux et pathologiques.
3 – Caractéristiques de phases
Pour conclure à une stabilisation des images du décor sur la rétine lors des rotations de la tête la seule mesure du gain n’est pas suffisante, car il faut en plus que le mouvement de l’œil se fasse à contresens de la tête, c’est à dire exactement en opposition de phase : un mouvement de l’œil qui se ferait à la vitesse de la tête et dans le même sens ne pourrait en effet jouer aucun rôle dans la stabilisation per-rotatoire de l’image du décor sur la rétine.
Or la mesure du déphasage avec le stimulus est possible lors des tests cinétiques, alors que cette même mesure est impossible lors des tests caloriques.
4 – Données fondamentales : la dualité fonctionnelle du vestibule
Les fondamentalistes nous apprennent que les cellules sensorielles des crêtes ampullaires se décomposent en deux populations :
-
Les cellules de type I groupées vers le sommet des crêtes et sensibles aux mouvements rapides, de haute fréquence.
-
Les cellules de type II groupées vers la base des crêtes et sensibles aux mouvements lents, de basse fréquence.
A ces deux populations de cellules correspondent en outre deux populations de neurones primaires, les phasiques et les toniques.
Une telle dualité fonctionnelle permet de prévoir la possibilité de syndromes dans lesquels les réponses aux hautes fréquences persistent tandis que les réponses aux basses fréquences disparaissent, ou l’inverse.
En conclusion
Les observations précédentes permettent de comprendre qu’il puisse exister des syndromes dans lesquels les conclusions s’opposent en matière de réflectivité entre les épreuves cinétiques et caloriques. Compte tenu du caractère extra-physiologique des fréquences interrogées par les tests thermiques la conclusion d’hyporéflectivité reposera dans de tels cas sur les résultats des seuls tests cinétiques. Ces derniers gagneront alors à élargir le domaine des fréquences étudiées grâce à des stimulations multi-périodiques avec étude complémentaire des phases. C’est du reste ce que nous propose à juste titre et depuis des années l’école de Strasbourg (Conraux, Kopp, Gentine) qui a défini un dans ce but un test dit « multifréquentiel » dans lequel l’étude des gains et des phases en fonction de la fréquence (de 0,01 à 0,5Hz) est complété par le calcul d’un indice de linéarité (« fonction de cohérence »).
Quant au domaine des vraies hautes fréquences, qui s‘étend de 1 à 20Hz, les conditions de son exploration en pratique ORL quotidienne ont été étudiées sous VNG en France par Georges Freyss grâce à des tests impliquant des mouvements rapides de la tête (head impulse). Nous attendons avec impatience les publications
|