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Les effets de l’intoxication alcoolique aiguë sur l’équilibre en général sont connus depuis la nuit des temps, mais ce n’est qu’au début du XIXème siècle que Flourens nota l’apparition d’un nystagmus au cours de l’intoxication alcoolique expérimentale chez l’animal. En 1887 Émile Zola, dans « La Terre », décrit ainsi le comportement de l’âne Gédéon, qui vient d’avaler un baquet de vingt litres de vin : « Fouan poussa. Mais Gédéon, heureux, se trouvant bien, refusait de quitter la place, sans méchanceté, en soûlaud bon enfant, l’œil noyé et farceur, la bouche baveuse, retroussée par le rire. Il se faisait lourd, branlait sur ses jambes écartées, se rattrapait à chaque secousse, comme s’il eut jugé la plaisanterie drôle. Et, lorsque Buteau s’en mêla, poussant lui aussi, ce ne fut pas long: l’âne culbuta, les quatre fers en l’air, puis se roula sur le dos et se mit à braire si fort, qu’il semblait se foutre de tous les personnages qui le regardaient. ».
Goddé-Jolly et Larmande, dans le très sérieux rapport à la Société française d’Ophtalmologie « Les Nystagmus » (Ed. Masson, 1973), mentionnent que Barany invita en 1912 quatre de ses étudiants à boire chacun un quart de litre de cognac et, lui même étant resté sobre ou pour le moins suffisamment lucide, il observa un nystagmus spontané, des salves nystagmiques aux mouvements rapides de la tête, et une diminution du seuil de la sensation subjective rotatoire.
En France il faut citer la thèse de Haushalter (Strasbourg, 1969) qui montre que les effets de l’alcool se font sentir à tous les niveaux du système vestibulaire c’est à dire cortical, réticulaire, cérébelleux, radiculaire et endolabyrinthique. Mais c’est seulement sous l’angle du nystagmus que nous allons aborder ci-dessous l’observation clinique du vertige alcoolique aigu.
I – Aspect central : un nystagmus de fixation (gaze nystagmus).
Pour Aschan un nystagmus de fixation battant dans la direction du regard, ce qui est le propre des nystagmus centraux, se rencontre dès que l’alcoolémie dépasse un seuil qui varie selon les individus entre 0,3 et 0,9g/l. Ce nystagmus persiste aussi longtemps que ce seuil est dépassé.
II – Aspect périphérique : un nystagmus de position
Particulièrement étudié par les auteurs scandinaves, le nystagmus de position d’origine alcoolique correspond au type I de Nylen, c’est à dire à un nystagmus de direction variable avec la position. Ainsi, dès que le seuil d’alcoolémie dépasse 0,2 à 0,3 g/l, peut on observer en décubitus latéral un nystagmus de sens géotropique (battant dans le sens du décubitus). Ce nystagmus reste de sens géotropique pendant quelques heures puis, après une phase de disparition transitoire, réapparaît avec cette fois un sens apogéotropique qui persiste une dizaine d’heures alors même que l’alcoolémie a pratiquement disparue.
Il a été montré, en particulier grâce à l’étude des effets de l‘ingestion d‘eau lourde par des volontaires sains (Money 1974), que de tels nystagmus résultent du fait que les molécules d’eau lourde (ou d’alcool) diffusent plus vite dans les cupules que dans l’endolymphe, ce qui crée une anisodensité responsable d’une gravito-sensibilité cupulaire. Dans un second temps les mêmes molécules quittent les cupules plus vite que l’endolymphe ce qui inverse le sens de la gravito-sensibilité.
Ainsi, l’alcool étant moins dense que l’endolymphe, sa diffusion plus rapide dans la cupule rend cette dernière trop légère. Or en décubitus latéral les cupules des canaux externes sont horizontales et un excès de légèreté entraîne une flexion simultanée de ces cupules droite et gauche vers le haut. Comme la phase lente de l’œil suit toujours le mouvement de la cupule il s’ensuit bien un nystagmus battant vers le sol, et par conséquent géotropique. Un peu plus tard c’est au tour de l’endolymphe d’être pendant quelques heures plus légère que les cupules, ce qui entraîne l’inversion du sens du nystagmus.
Pour rompre enfin avec l’ivresse d’un tel sujet notons que la physiopathologie évoquée ci-dessus implique nécessairement la participation simultanée de toutes les cupules. L’on peut par conséquent prévoir un nystagmus dont les composantes verticales ou torsionnelles pourront être privilégiées par des prises de position amenant les cupules des canaux verticaux dans un plan horizontal.
En conclusion
Il faut remarquer l’importance de la durée de rémanence des effets de l’intoxication alcoolique aiguë. Aux conséquences statiques de la déshydratation déjà responsable de la « gueule de bois » du petit matin, cette rémanence vient ainsi rajouter les inconvénients dynamiques des «cupules de plomb ».
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